Vincent Boisot/Le Figaro
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“La culture, c’est le salut des enfants”
Mieux qu’un conte de Noël. Avec le deuxième volume D’apprendre à vivre, le philosophe nous invite à la sagesse à travers une relecture des mythes grecs. Un enseignement éclairé à transmettre à nos enfants.
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Madame Figaro. – En pleine crise économique, beaucoup ont abordé les fêtes de Noël un peu différemment des autres années… Dans ce contexte, votre livre * résonne-t-il comme une alerte contre le « consommer-trop » ?
Luc Ferry. - C’est une des dimensions du livre, en effet. Nous vivons dans un univers de consommation, lié au progrès de la mondialisation libérale et régi par l’injonction d’« innover ou périr ». Dans cette logique, les parents tendent, sans y penser, à développer chez leurs enfants l’envie de consommer, qui tourne rapidement à l’addiction. Et un drogué, c’est quelqu’un qui ne peut s’empêcher d’augmenter les doses et de rapprocher les prises, ce qui est aussi la définition d’un client idéal de supermarché ! Or plus vous avez de valeurs culturelles fortes, moins vous vous exposez au manque : le vrai moyen de protéger nos enfants, de les aider à prendre de la distance, est de les confronter aux grandes œuvres.
Pourtant, aujourd’hui, l’enseignement du grec, du latin et même du français est particulièrement malmené…
C’est vrai, et en même temps les parents sont inquiets car ils voient bien que cet univers du zapping permanent n’est pas fameux pour leurs enfants. L’éducation en général repose, au-delà de son rôle dans les sociétés démocratiques, sur trois piliers : un pilier chrétien – l’amour -, un pilier juif – la Loi, qui permet de s’inscrire dans l’espace public – et un pilier grec – la culture. A Noël, je pense qu’il est vital d’éviter de couvrir les enfants de cadeaux qui, à peine déballés, seront aussitôt délaissés au milieu du salon. Leur lire le soir des contes de fées ou des mythes grecs me semble autrement plus généreux… C’est un cadeau pour la vie.
L’apprentissage des textes anciens n’est-il pas avant tout du ressort de l’école ?
Le rôle de l’école serait déjà d’apprendre aux enfants à lire et à écrire – ce qu’elle ne parvient pas à faire pour tous – et ensuite de leur transmettre l’amour des grandes œuvres – ce qu’elle fait très mal. Ce n’est pas entièrement sa faute : la logique de la consommation et de l’addiction est très réfractaire à la lenteur nécessaire à l’appropriation des textes. Les grandes œuvres sont comme des palais : on peut les habiter, mais cela prend du temps.